In Bekham we trust. Part II.
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Par Iznospiritual - La Rédaction (autres articles du même auteur)
lun 28 avr. 08 / 9:01

Captivante, cette folie qu’ont les hommes à vouloir faire de leur héros des bornes dans l’histoire de l’Humanité. Ils agissent de la sorte, sûrement de peur que les hommes les oublient. Ils leur dédient des livres, des poèmes, des chansons.

Certains vont même plus loin puisqu’ils leurs consacrent des pèlerinages, nomment leurs bâtiment de guerre ou leurs bateaux de croisière de leur patronyme, baptisent des places, des rues ou des courts de tennis en leur honneur.
images-4.jpeg Juste pour faire plaisir au Prince Omar

Est-il, entre nous sérieux d’appeler Geoffroy-Guichard, un stade à la gloire d’un épicier, fût-il de la généalogie qui créa Casino ? Est-il légitime de se souvenir de Saint-Symphorien tous les samedis soirs, même de ceux qui sentent la chemise brune ? On a beau se gausser ou se sentir outré par les nouvelles appellations qui fleurissent à propos des nouvelles cathédrales modernes (Allianz Arena, Emirates Stadium,…), rien de bien nouveau sous le soleil.

Dans cette optique, le football ne fait-il pas preuve d’une modestie rare en la matière ? Vous soupçonnez votre serviteur d’une certaine ironie et vous avez tort. Après notre périple hongkongais (http://www.subfoot.net/artman2/publish/espionnage_24/In_Bekham_we_trust.shtml) , fort est de constater que les icônes modernes ne se trouvent plus seulement dans le cinéma, la pop music (ou musique populaire) mais bel et bien dans le sport et plus précisément le football. On se souvient, à cette occasion que les rues de la mégapole chinoise (7 millions de chinois et moi) regorgeaient de symboles en l’honneur de David Beckham et qu’il était de notre devoir de prendre l’histoire en marche, à savoir de repérer quel degré d’iconographie, l’ancien fils prodigue de Sir Alex pouvait atteindre de son vivant.

En effet, ils ont des stades, ils ont des rues, ils ont des stèles à leur nom mais combien de villes portent le nom d’un joueur de football. Aucune, à moins que Saint-François ait été un amateur du ballon rond aux USA et que Saint-Paul ait usé du passement de jambes dans les larges vallées brésiliennes. Sauf erreur historique majeure, pas de traces de footballeurs dont le patronyme aurait glorifié une ville, une banlieue, un village, un hameau, même un lieu-dit…

Pour comprendre ce vide intersidéral et incompréhensible, la tâche est rude car il ne suffit pas de se balader dans les rues crasseuses de Manchester ou les boîtes de nuit vulgaires de Los Angeles pour obtenir la réponse à une équation inextricable. Il faut aller là où l’histoire a déjà été faite, là où elle peut éventuellement se reproduire.

Elles ne sont plus légion les villes qui portent en elles les icônes de notre temps. Leningrad est tombée aux mains des Russes blancs en redevenant Saint-Pétersbourg. Stalingrad, peu fière de sa bataille a été rebaptisée Volgograd, sous Kroutchev. Et Titograd, qui a vu naître le gominé mais néanmoins génial Pedrag Mijatovic (http://www.subfoot.net/artman2/publish/les_h_ros_13/Le_premier_galactique_570.shtml) est redevenu Podgorica au bénéfice d’une évolution sanglante dans la région des Balkans. Sinon, restent encore les traces religieuses de ces villes-témoins d’une époque. Saint Jaques de Compostelle, Saint-Pierre de Rome, et j’en passe.
images-2_2.jpeg Viril, musclé, en mouvement. Du Beckham avant Beckham

Elles sont rares ces villes-icônes. De plus en plus rares et passé par Podgo en 2005, il est banal de dire que ce n’est plus la même chose. Il manque cette charge émotionnelle qui nous permettrait de comprendre pourquoi un peuple, un jour, donne à sa capitale, à sa ville-martyr le nom d’un de ses généraux.

Hong-Kong - Ho Chi Minh-ville, 2 heures de vol après 24 heures d’attente dans un hôtel 4 étoiles pour cause de typhon. Ils viennent de plus en plus tôt dans la saison ces salopards, Al Gore en a fait un commerce et une médaille.

Quelle autre ville que l’ancienne Saigon peut nous faire comprendre pourquoi une cité symbolique d’un passé peut changer d’identité, comment une bourgade d’aujourd’hui pourrait devenir Beckhamgrad, Beckham city ou Beckhamville.
images-5.jpeg Déjà en icône

Hô-Chi Minh-Ville, d’où tiens-tu ton nom ? A la sortie de la deuxième guerre mondiale, quand les japonais ramassaient leurs troupes en lambeaux et que les Français cherchaient à réorganiser les rares militaires qui ne sentaient pas trop l’odeur nauséabonde de la collaboration, un général vietnamien, appelé Ho Chi Minh venant de Hanoi s’est opposé aux locaux travaillant pour les Français. Arrivé au pouvoir, puis chassé par les Boys, il a repris le maquis et n’a cessé d’attaquer, par des actions de guérillas, le cœur du système qui se trouvait à Saigon et dans sa banlieue proche. Plus de dix ans de combat dans des conditions rendues irrespirables par le Napalm de l’aviation US et les gaz de Monsanto (qui, par ailleurs, aujourd’hui vous fait bouffer de l’OGM chaque fois que vous mettez du maïs dans votre salade).

Le jour où Oncle Sam a mis les voiles, ce n’est rien de dire que Saigon la capitaliste méritait une correction digne de ce nom de la part du type qui avait quand même mis à genou (avec l’aide discrète de quelques grands frères il est vrai) une armée sortie victorieuse du dernier conflit mondiale. Même si les Vietnamiens n’ont pas réussi à en faire un produit du matérialisme contemporain à l’image du Che et de son béret, ça situe l’homme tout de même.

Lénine, Mao, Guevara, Ho Chi Minh,…David Beckham a-t- il à rougir de la comparaison ?

Nourri au biberon de l’Empereur Cantona, le Spice Boy apprend très vite le maniement des armes aux côtés des généraux du Français. Il y a eu la piste Ho Chi Minh menant de Hanoi à Saigon, il y aura eu la trace Beckham partant d’Old Trafford jusqu’au Nou Camp.
images-1_2.jpeg Ho Chi Minh, avec ses fameuses lunettes Police

Pas de tunnels ni pièges à GI comme à Cu Chi, mais une tactique bien établie pour faire tomber un à un les adversaires qui se mettaient en travers de l’Alex Babe. Certes, entres les moustiques draculéens de la jungle vietnamienne et les climatisations un poil trop fortes des palaces où descendaient ManU, il y a un monde mais, qui a dit que le chemin vers la gloire devait forcément être crasseux ? Certains combats ne se jouent pas à plat ventre mais le front bien haut et le torse offert à l’ennemi.

Il arrive à ManU en 1993, l’année du premier titre depuis 1967. Ca ressemble un peu à l’ambiance de Liège en ce moment. 26 ans d’attente. Cela paraît impossible d’imaginer Manchester dans cette situation aujourd’hui. Et pourtant. Le petit Beckham fait bien un semestre à Preston, mais très vite son potentiel au combat fait des merveilles. Titres en 1994, 1996, 1997, 1999. Son tir n’est pas standard, il est vicieux. Les défenses adverses sont transpercées de toutes parts. Elles ne savent comment répondre à ce mitraillage en règle depuis leur flanc gauche et donc l’artillerie mancunienne agissant depuis la droite. Elles qui commençaient à s’habituer à Ryan Giggs et à la baisse physique de l’Amiral Cantona, c’est un coup bas digne de la grosse Bertha (sixième membre de la pandémie Spicy).

1999. C’est le débarquement sur le continent. Manchester attaque tout d’abord trois fronts en phase de poule : L’Allemagne avec le Bayern, l’Espagne avec Barcelone et le Danemark avec Bronby, adversaire oublié depuis, mais fort valeureux alors. La campagne commence mal, les guerriers catalans viennent prendre un point au théâtre des rêves. Mais le moral des troupes est encore au beau fixe avant d’aller affronter les solides bavarois, grands comme des Janzer et méchants comme des Effenberg. 2-2. Ca a saigné des deux côtés. Après ce massacre, Bronby n’est qu’une double formalité avant d’aller arracher le nul en Espagne et d’accorder, bons Princes, un nul 1-1 aux copains crispés du troublant dernier rempart Oliver Kahn.

En quarts de finale, après avoir mis à terre, Danois et Espagnols, ce sont les éprouvés italiens de l’Inter qui viennent au combat. Ils ont dans leurs rangs des tireurs d’élites tels que Ronaldo, Djorkaeff ou encore Moriero. Mais on n’apprend pas au singe Beckham à faire la grimace et Massimo Moratti, le commandant en chef de l'Internazinale, apprend à son corps défendant que la guerre des buts n’est pas une partie romantique où tout le monde s’embrasse sur la bouche à la fin. Manchester tue le match au retour.
images-3_1.jpeg Choisissez, comme au marché.

Les Italiens sont coriaces et ils envoient pour la demi-finale leurs forces cent fois victorieuses dans ce combat des chefs. Ce sont les turinois de la Juventus qui s’approchent, en rang serrés, la barbe (entre autres) bien taillée et la patte affutée. Ils font peur à voir en noir et blanc. Le sang se repère vite sur leur maillot nuance des gris et ce n’est pas souvent le leur qui les éclabousse. Ca sera à la vie, à la mort et pour une fois la mort sera pour eux.

Il faut toujours boire le sang de son adversaire, ça décuple le forces surtout quand celui qui tombe a gagné la dernière bataille des champions l’année précédente et que son sang à un goût de reviens-y, de pharmacie de cyclistes. C’est sur la fin des cols qu’on voit la différence.

Le cocktail a du être bon et long car, lors de l’ultime bagarre dans la cuvette chauffée à blanc du Nou Camp, qui vaut bien dans certaines circonstances celle de Dien Bien Phu, les Reds Devis, comme il se lit sur leurs étendards, seront proches du clairon qui sonne la retraite.

Proches seulement car dans un dernier baroud d’honneur, de ceux qui viennent des tranchées les plus profondes, les plus boueuses, les plus minées, les Mancuniens avec le général Beckham à sa tête crieront une dernière fois « à l’assaut » comme si leur vie en dépendait. En face, déjà rentré au camp de base, certain d’écrire une ligne de plus à sa biographie, le Généralissime Lothar Mathaus souriait déjà de ce qu’il pensait avoir fait endurer à ses arrogants Anglais et plus particulièrement à ce Robin des Bois de Manchester, la mèche rebelle et le pied magique. Sourire à Beckham n’est pas une bonne idée et à la sortie du champ de bataille, là où on voit les hommes se relever, certains ont aperçu le légionnaire Lizarazu verser une larme. Elsa, sa fidèle compagne, a, une fois de plus, eu peur dans la nuit.

Le continent conquis, le Roi Beckham se voit Empereur et c’est en territoire Shogun qu'il s’attaque aux talentueux combattants brésiliens du Palmeiras, aux noms parfumés de batailles passées (Cesar Sampaio) ou de fausses modesties inquiétantes (Roque Junior, Junior Baiano, Junior, ça fait beaucoup de juniors tout de même). Le guerriero colombien Asprilla n’y pourra rien, Beckham et ses troupes ressortent de Tokyo et de son National Stadium avec la plus belle des couronnes : ils sont les maîtres du monde.
images-6.jpeg Mécréant!

Ho Chi Minh a eu sa ville de 8 millions d’habitants. Ne me dîtes pas que Bekham n’aurait pas droit à son 15 millions de Bekhamiens.