| Dialogues de foot, entretien avec sa compagne Chap. 4
interrogatoires Par Thomas Price, l'herbe pour encre - La Rédaction (autres articles du même auteur) lun 10 nov. 08 / 10:13 |
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Passionnant, car il n'est rien de plus excitant que de réfléchir sous les auspices du jeu ! Rien de plus révélateur que le fait social capable, dans sa mire, d'embrasser la destinée la plus individuelle et des communautés de destin !
Dialogues de foot met en scène des entretiens entre un footeux et sa compagne... le foot en fil rouge, dans un débat qui vise à livrer une certaine vision du foot.
Chapitre 5 : Le foot et la compétition
ce coq cherche la compét'
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Sa compagne : Au delà même de la question du nombre de compétitions, de leur intérêt, je me demande pourquoi il y a ce besoin précis de jouer les uns contre les autres, de s'affronter, de savoir qui est le plus fort...
Le footeux : J'imagine que ta question est valable pour tous les sports.
C : Aimerais tu le foot s'il n'y avait pas de compétition ?
F : Je le pratiquerai toujours, c'est une certitude. Mais je ne sais pas si je le regarderai encore à la télé, ou dans les stades surtout.
C : Tu penses donc que la compétition donne son sens à l'opposition ?
F : C'est cela. L'opposition entre les deux équipes a son intérêt rapporté à la compétition à laquelle elles participent.
tout ou trop pour la compét' ?
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F : Houla, je trouve que tu vas trop vite ! D'abord, c'est sûr : la compétition donne son sel au match. Le but du jeu est donc clair : il s'agit de gagner le match. Après...
C : Après quoi ?
F : Gagner, ne pas gagner, est ce que c'est l'essentiel ?
C : Comment cela pourrait il ne pas l'être, alors que c'est la compétition qui fait le match ?
F : Tout est une question de manière. Une fois l'enjeu posé, c'est là que le spectacle a sa place !
C : Creuse !
F : Faire preuve de panache dans un match sans enjeu, tout le monde sait faire. De même que tenter un geste original. Dans un match à enjeu, ceux qui savent faire sont déjà moins nombreux ; parce que, déjà, il va falloir oser. Oser, pour de vrai.
C : La compétition rend les choses vraies.
gagner façon Panenka en 1976
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F : En tout cas, elle crée un contexte qui favorise l'expression des caractères, je trouve. Qu'une équipe fasse un choix collectif de jouer pour l'attaque, de mettre quatre bonshommes devant, de prendre le risque de prendre des buts mais de partir du principe que le but c'est de gagner en marquant plus que l'adversaire, qu'une équipe fasse ce choix collectif-là et soit prête à perdre ou à gagner ainsi, voilà que la compétition donne de la valeur à ce choix. Être audacieux quand il n'y a pas d'enjeu, c'est aussi courageux que de sauver son doigt d'une noyade dans un verre d'eau ! Tenter une panenka en finale de Coupe du Monde, au-delà de la réussir ou de la rater, c'est quelque chose qui situe un joueur...
C : Tu veux dire que la manière de jouer vaut qualité, et renseigne donc aussi sur le résultat ?
F : Exactement ! Celui qui perd en étant magnifique est aussi un gagnant ! On se souvient de buts que Pelé n'a pas marqué, par exemple, parce qu'il était le seul à tenter des gestes pareils...
C : Mais est ce celui qui perd qui marque les esprits ?
F : Gagner, c'est ce qui reste dans les
mémoires, c'est ce que l'on dit, oui. Surtout quand on a
gagné. Et quand on a perdu en étant magnifique, on
plaide pour le fait que la manière a davantage d'importance !Sacchi a dit une phrase fantastique à Van Basten : "Quand tu marques des buts, tu entres dans les statistiques. Quand tu joues bien, tu entres dans les mémoires."
C : Qu'en penses tu, toi ?
F : Que c'est plus facile de s'attacher à la manière une fois qu'on a gagné, c'est sûr !
C : Pourquoi ?
F : Parce que gagner ça reste plus important que tout !
C : Mais tu préfères que ton équipe joue bien ou qu'elle gagne ? Et ne me réponds pas les deux !
F : Puisque mon équipe n'a pas le droit de gagner en jouant bien... je dirai que je préfère qu'elle joue bien !
C : Pourquoi ?
F : Parce que gagner sans n'avoir rien à se mettre sous la dent que la fierté d'une victoire, c'est assez insipide, effectivement. Je préfère m'amuser pendant tout un match, plutôt qu'uniquement après. Et je veux croire que bien jouer est ce qui représente la meilleure manière de gagner, ce qui est, tactiquement, le plus efficace. Je suis plus fier d'une équipe qui joue bien, quand bien même elle perd, que d'une équipe qui gagne, mais qui ennuie tout le monde.
C : Le but c'est d'être fier, alors ?
une victoire sans panache, c'est de la limonade !
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F : Non, je me suis mal exprimé. Le but, c'est le jeu. Il est d'autant plus fort et vrai qu'il s'organise dans une compétition. Alors, le principal est de se faire plaisir : là où le plaisir a cours, on n'est jamais loin de l'essentiel ! Mais il ne faut pas perdre de vue que le foot est un sport qui se raconte beaucoup. Qui fait vivre le verbe. Notamment entre supporters. Et que ces derniers vont commenter les résultats. Parler d'une équipe qui a un jeu léché, c'est du petit lait ! Parce que l'innocence de celui qui perd a plus de charme qu'un réalisme froid et efficace.
C : T'es pas très France 98, toi ?
F : J'ai pleuré, si. Et maintenant qu'on a gagné, je regrette qu'on ne soit pas plus dans un esprit de conquête digne de Cyrano ! Le panache, quand même, c'est un sacré style ! Je suis persuadé que la défaite de 2006 restera le souvenir des footeux sur Zidane... Le match contre le Brésil, l'Espagne... le pénalty contre l'Italie... la tête et l'arrêt de Buffon, et le coup de tête contre Matterrazi ! Il n'a pas gagné la Coupe du Monde 2006, Zidane. Mais c'est en jouant celle qu'il a perdu qu'il est rentré au Panthéon.
