| Giovanni's Kids, ou la trappe à oublis - scène 2
international Par Ted Perry, Cascarino'son - La Rédaction (autres articles du même auteur) mer 26 nov. 08 / 9:06 |
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Pour mémoire, Ted Perry est en Irlande, le nouveau pays de Trapattoni. Le technicien italien privilégie la nouvelle génération pour aller à la prochaine Coupe du Monde, parce qu'il faut de l'énergie, comme les jeunes en ont, pour assurer le rendement mondialiste ! Alors... est il question que l'Irlande vise à jouer plus que trois matchs d'affilé si elle se qualifie ? Est il question du niveau des joueurs irlandais de près et plus de 30 ans ? Seconde et dernière scène !
Des vérités difficiles à dire ?
Sans jouer au devin, à la question des ambitions et du niveau, je tente à me risquer dans quelque commentaire. Sur le niveau d'abord.
La radicalité d'un choix marque
des avantages et des inconvénients avec force : la jeunesse
est une promesse assurée, mais elle manque cruellement
d'expérience, et ce qui ouvre des horizons n'assure pas
l'exigence du présent. Ainsi la radicalité a t elle le
mérite de tracer des lignes de convergence vers un compromis :
et s'il faut certes s'inscrire dans l'avenir, et donc appeler des
jeunes, il faut répondre aux injonctions du présent, et
se munir d'armes d'ores et déjà en mesure de faire
gagner.
Pourquoi le Trap' est il inflexible
quant à l'utilisation de la jeune génération,
coûte que coûte, quitte à ignorer « l'ancienne »
?
Après le match face à la Pologne, l'italien a qualifié de « bing bong » le jeu adverse, ce qui n'est pas une théorie sur la création d'un nouveau sport mais une description onomatopéenne de la qualité de circulation de la balle dans l'équipe polonaise. Ce qui vaudra au sélectionneur irlandais de livrer la sentence suivante : « That's international football. »
Où veut il en venir, encore une fois, le Trap' ? Au fait que c'est ce football là que les jeunes joueurs irlandais doivent apprendre à jouer !
Soit une interrogation de ma part : est ce à dire que les cadres et trentenaires actuels de l'équipe n'ont pas le niveau international d'une part, et d'autre part qu'ils n'ont plus les moyens ou le temps de l'apprendre ?
Sur l'ambition ensuite. En évoquant l'intense succession de matchs tous les trois jours lors d'une Coupe du Monde sans se voir rétorquer que grandes sont les chances qu'il n'y ait en même temps que trois matchs, Trapattoni a fait œuvre de manipulation !
Opposer à l'équipe irlandaise la probabilité de ne jouer que trois matchs officiels en Coupe du Monde en cas de qualification n'est pas une injure au football, ni à ses pratiquants, ni à ses responsables, ni à ses supporters, et la porte des possibles reste grande ouverte quand celle de l'anticipation demande à requérir du côté de ce qui pèse dans les prévisions. Or, de ce côté ci de la raison, l'Irlande est un poids coq que l'habitude n'abonne pas aux premières places ni aux accessits.
L'évocation de l'enchaînement de matchs de haut niveau est à ce titre de la part de l'italien une fabuleuse utilisation de la flatterie. L'Irlande a entendu l'énoncé d'espoirs dorés et, elle a raison, préfère le doux rêve d'une compétition pleine de succès à l'attente d'un échec annoncé !
Ce que Trapattoni ne peut pas dire ?
Ce que Trapattoni ne peut pas dire tient en rapides constats !
« J'ai dans ma besace un potentiel effectif sans envergure, et il est improbable de travailler à l'objectif de la Coupe du Monde sans rêver a minima ! Alors plutôt que de prendre des tartes de trente balais avec lesquels l'espoir est douloureux, je parie le tout pour le tout et, banco ! je donne la place aux jeunes, ce qui pimente en plus l'intérêt de mon boulot ! »
Mais pas plus que Trapattoni ne peut coacher en prévision de la Coupe du Monde sans viser des résultats, il ne peut pas viser des résultats en attaquant son effectif sur son niveau... Là dessus, la presse arrive avec ses questions. Et la presse, la première, ne veut pas vendre en première page des vérités qu'on ne peut pas dire, à moins d'être, sans doute, masochistes !
C'est ainsi que, plutôt que de parler de choses qui fâchent, le sélectionneur et ses intervieweurs tournent en rond, en caressant la couche superficielle du ballon rond. Le premier se fait attaquer, c'est le jeu. Les seconds trouvent des offensives hors jeu, comme l'affaire Shay Given, le joueur de Newcastle United, que Trapattoni a recommandé à ses concitoyens et confrères en clubs de la Série A !
Dans ce beau jeu de dupes, le plaisir est grand à distinguer de part et d'autre la farouche volonté de s'éviter une explication avec trop de points sur les « i ». Et pourtant, de ce que Trapattoni ne peut pas dire et sur quoi les médias ont la faiblesse de ne pas aller, je ne perçois rien qui fâche plus que ne donne de matières à ... réussir !
Les matières à réussir
A se flatter d'objectifs inatteignables on ne fait bien que s'envoyer au peloton de la déception ! Et, en ne parlant pas comme il est du niveau d'une équipe et de ses individualités, on s'empêche justement d'aborder ce niveau dans une perspective de progrès.
Énoncer les objectifs clairement, et le plus clairement possible, voilà qui permet déjà d'avancer sereinement. Cet objectif se doit d'être ambitieux, mais il ne peut pas non plus se passer d'être réalisable. Peter Pan a beau jeu de croire à l'impossible, l'impossible a tendance à se plier au jeu. Quand l'Irlande se met à rêver à propos d'une succession de matchs de haut niveau, elle crée une distorsion entre les moyens et le but qui limite ses capacités à trouver la bonne harmonie entre les deux. Alors que l'impossible saurait s'embrasser d'autant plus goulument qu'il adviendrait dans la suite de ressorts construits à la mesure de soi.
Construire à la mesure de soi, voilà dès l'ambition ce qui concerne le niveau. Les points sur les « i » ressemblent à des fauteurs de troubles. Les poser consiste à regarder les yeux dans les yeux et à dire les choses telles qu'elles sont, ce qui nécessite de la franchise et du courage à la fois à celui qui parle et à celui qui écoute. Les poser, donc, c'est une sacrée sinécure plus facile à encourager par la négative inverse ou, l'expression des méfaits des points qui traînent à côté des « i ». A ne pas dire les chose telles qu'elles sont, les choses sont vécues différemment de ce qu'elles sont pourtant par les acteurs qui usent de faux semblants et ont préféré le non dit à la clarté des explications. Ce qui ne s'est pas exprimé s'intériorise et favorise la moisissure de rancunes et d'incompréhensions... propres à générer du conflit. Le latent explose en crise ouverte ! Plus rien ne peut se construire.
Construire à la mesure de soi, c'est permettre à une force d'être une force et, surtout, à une faiblesse d'être une faiblesse et, par effet, encourager l'invention des solutions ! Sans boiteux, pas de canne ! Sans nécessité, pas de création ! Sans la franchise et le courage des choses telles qu'elles sont, aucune construction envisageable, et encore moins de collective, propre à engager chacun dans le cours d'un destin partagé et seul apte à fournir de quoi passer les étapes d'une épreuve telle que la Coupe du Monde !
Au lieu de quoi, la bible de l'expérience
Au lieu de quoi, le Trap' fait parler la Bible de l'expérience, ouvrage non écrit et disponible aux seuls initiés aptes à définir sans aller plus loin qu'un « bing bong » agrémenté de gestes ce qu'est le football international.
Cette prétention sans corps des techniciens, d'autres avant moi l'ont décrié et poussé dans ses retranchements, incapables qu'ils étaient eux aussi de se nourrir intellectuellement des explications de ces dits techniciens.
A creuser la question dans ces lignes, les jeunes et la Coupe du Monde, la tactique et la stratégie, je n'arrive bien qu'à la conclusion de cette trappe à oublis que représente le débat du « use-of-youth » entre Trapattoni et les médias. Une trappe à oublis dans laquelle pêle-mêle il est avantageux d'entreposer tout ce qui n'offre pas l'occasion pour les médias de générer des polémiques de forme, seules génératrices et vendeuses de titres, et dans laquelle le technicien est sûr et bien tranquille qu'on y laissera reposer les embarrassantes questions que suscitent pourtant ses prêches.
