Porte-au-nez et pieds dans le plat
espionnage
Par Th.P., zorro monte la plume - La Rédaction (autres articles du même auteur)
lun 10 nov. 08 / 5:16

ballon.jpg arrêt sur images
Le syndicat des clubs professionnels avançait officiellement les pions de sa volonté de pouvoir au sein de la Ligue de Foot Pro, une hégémonie qu'il voulait totale, pour le bien du football ! Le syndicat des joueurs, à visibilité médiatique quasi aussi forte que celle des présidents de clubs, et les familles, sortaient la langue de leur chapeau et prenaient acte d'une menace bien réelle... la grève ! En ligne de mire, l'emblématique mais pâle copie française du clasico espagnol, une opposition Paris – Province par Marseille interposée... Le monde du football français tremblait. Les Présidents de clubs y allaient de leur stratégie de communication. Kastendeuch et Piat, qui visitaient les vestiaires, manœuvraient pour légitimer le mouvement de protestation.

Et puis le syndicat des clubs a « baissé la garde ». Alors, devant tel recul médiatique, le syndicat des joueurs et les familles ont dis, « OK. C'est bon, nous sommes satisfaits. La grève n'aura pas lieu ».

Les Présidents se sont félicités de ce triomphe à la française du dialogue social. Sans doute, messieurs Thiriez, président de la Ligue, Escalettes, Président de la FFF et, Laporte, Secrétaire d'Etat chargé des Sports, ont soufflé un grand coup. La grand messe du foot continuait sans brasser plus de vent que celui du ballon et des crochets de footballeurs. Ouf, pas de débordement au-delà du terrain.

Sur quoi le dialogue social a t il débouché ?

dialogue_social.jpg exemple d'un dialogue social plutôt bien entamé

Les clubs ont renoncé à être majoritaires au sein de l'association qu'est la Ligue. Mais ils ont obtenu d'avoir des domaines réservés. Entre autre de domaine réservé, l'économie.

Quelle a été la réaction des syndicats qui menaçaient de faire grève ?
Les représentants des joueurs se sont montrés soulagés et heureux comme après une victoire. L'essentiel était sauf, ont ils déclaré.

Bien. Quelques semaines plus tard, le membre du gouvernement Besson, soldat sarkosyste de la dernière heure, maire d'une commune de la Drôme en bordure du fleuve Rhône, présentait les fruits d'un travail décisif pour l'avenir de la France : comment améliorer la compétitivité des clubs français ?

fillon2.jpg ils se prennent pour Zorro
Car le gouvernement est sur tous les fronts, il promet non seulement de libérer les otages de toute guerre civile, de pacifier les eaux qui bordent la Somalie, de re-fonder le capitalisme, de construire une union de la Méditerranée, de moderniser la France, ce vieux pays d'un vieux continent qui est le nôtre et qu'un prédécesseur du présent Président a laissé s'enfoncer dans la torpeur socialiste rétrograde qui a prévalue pendant toutes les années Mitterrand... Ouf, donc, le soldat Besson a de l'ambition et les recettes magiques qui vont permettre aux clubs français de gagner les Coupes d'Europe qu'ils n'ont jamais gagné de toute leur histoire sportive !

Attention, donc, aux clubs de nos amis pays voisins, la France se met en branle, le football professionnel hexagonal arrive, il va fondre sur les compétitions européennes et glaner des titres en veux tu en voilà !, et vous savez comment : en mettant des centres commerciaux dans les stades, en limitant les moyens financiers de la Ligue 2, en permettant aux joueurs d'être mieux payés tout en coûtant moins cher aux clubs, etc.

Pour gagner la Coupe d'Europe, la solidarité nationale est mise à contribution ! Et surtout, pour expliquer le manque de réussite des clubs français en Coupe d'Europe, l'analyse est simple : les raisons sportives sont économiques et dépendent de la capacité des clubs d'ici à changer leur manière de faire, grâce à un élargissement de leur champ des possibles.

Alors ?

Alors, voilà. Les clubs professionnels français ont manœuvré à merveille. Une manipulation qui consiste à demander l'impossible pour faire passer la pilule d'une autre demande. La première est une sorte d'amorçage, ou de leurre. On frappe un grand coup de pied dans la porte de sorte qu'elle claque en pleine face ! Alors, la réponse est ferme : non ! Mais tout de suite après, on formule une autre demande. Moins bruyante, moins violente que la première. Alors derrière la porte, ouverte, on dit oui.

livre.jpg un ouvrage publié par les Presses Universitaires de Grenoble

Dans « Le petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens », ouvrage de psychologie sociale, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois appellent une semblable tactique la « porte-au-nez ».

Les clubs ont donc mené leur danse sur une pseudo volonté d'être majoritaires au sein de la Ligue, et s'en ressortent avec un domaine réservé, l'économie, pile poile dans le rythme d'un calendrier politique qui pointe le besoin accru et urgent pour les clubs d'améliorer leur compétitivité par... l'économie.

Comme les choses s'imbriquent bien dans ce monde bientôt re-fondé du libéralisme !

Était-ce une victoire d'avoir évité qu'un membre de la Ligue ne siège en monarque ? Oui, mais c'était la simple garantie du fonctionnement démocratique d'une institution.

Était ce une victoire d'avoir laissé la main libre aux patrons de clubs en matière économique ? A cette question, une autre y répond : l'argent n'est il pas le nerf de la guerre ?

Alors que la question économique, commerciale et financière des clubs devient le sujet d'une orientation du foot français pour les prochaines années, les membres de la Ligue ont justement accepté de donner aux présidents de clubs un domaine réservé sur la question.

Pendant ce temps là, depuis que les Présidents ont demandé modification des statuts de la Ligue, ils n'ont toujours pas répondu à ce qu'il paraît pourtant impératif d'évoquer en préalable : que veulent ils faire du foot en France ? Et, ce faisant, entamer avec tous les acteurs concernés, y compris les supporters, alias ceux qui les font vivre, et les joueurs amateurs, qui peuvent se sentir peu représentés dans ces intrigues par le vieux loup d'Escalettes, apparemment absorbé par son coaching du coach Domenech, une discussion qui vise à ce que le mouvement de modernisation ne soit pas un énième coup de force des intérêts de quelques uns.