| OL, business model ou service social
espionnage Par Guillaume S., sociologue architecte - La Rédaction (autres articles du même auteur) mer 30 juil. 08 / 12:05 |
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« Une commission d’enquête vient de rendre un avis défavorable à la construction d’un grand stade à Décines, près de Lyon. Ce projet a-t-il déjà pris un retard considérable ?
On aura du retard, c'est sûr. Pour la livraison de ce stade de 62 000 places, on était déjà passé d'une échéance de 2010 à fin 2011. Mais pourquoi la France est-elle très en retard sur ses stades ? Parce qu'ils ont toujours été financés par l'État et les collectivités locales. Or, ils ont de moins en moins d'argent. En plus, les lois actuelles, s'agissant des accès aux stades, défavorisent les investisseurs privés. Il faut modifier ces lois. Là on a quand même un projet de 400 millions d’euros financé pr le privé, avec 3000 emplois plein temps pendant les trois années de la construction, puis 400 à 500 emplois permanents sur le site. Donc ça dépasse très largement l’opinion de celui qui a sa maison à proximité.»
Jean-Michel Aulas en réponse à l’Equipe du 25 juillet 2008.
C’est toujours intéressant de tomber sur un caillou mal placé, sur un trou malvenu. Cela permet de s’arrêter et vraisemblablement de regarder vers cet objet, vers cette dépression sur cette route si lisse, si belle, si bien tracée depuis de si longues années.
Quand on vogue de succès en succès, le risque est de se croire invincible et surtout au-dessus des lois sensées être appliquées pour tous et à tout le monde.
Projet de grand stade à Lyon
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Le président de l’Olympique lyonnais est crispé par les retards que prend son projet de grand stade destiné à générer un chiffre d’affaires plus important que Gerland engoncé dans son statut de bâtiment historique et pas vraiment fonctionnel pour les ambitions rhodaniennes.
Tous ces mois qui passent sont autant de recettes non générées et d’argent qui dort depuis les transferts pharaoniques d’Essien, Tiago ou encore Abidal et Malouda.
Il faut poser la première pierre car non seulement chaque jour qui passe voit les concurrents européens s’envoler vers des budgets inaccessibles mais les faire-valoir français se rapprocher de la poule aux œufs d’or.
Marseille ne sera pas toujours si irrégulier et Colony Capital n’a sûrement pas investi pour jouer le maintien. Si en plus Bordeaux ou encore Nancy, Saint-Etienne ou Lille gagnent en stabilité, l’OL n’a plus droit à l’erreur dans on recrutement estival et dans son indécente domination du championnat de France de football.
Et l’erreur, dans ce monde-là, on préfère la réduire à néant. Le risque, on fait tout pour que ce soit l’adversaire qui le prenne. L’épée, on s’arrange pour qu’elle soit suspendue au-dessus de la tête de ses meilleurs ennemis.
Quoi de mieux qu’un Allianz Arena ? Quoi d’équivalent qu’un Emirates Stadium pour être certain d’écraser le marché des transferts indigène ?
Une redistribution différente, moins « socialiste » des droits télévisuels ? Aulas y travaille. Une déstabilisation des clubs concurrents ? Aulas s’y acharne de bonne guerre depuis Nasri, Ribery, Pauleta ou Piquionne.
Mais le joyau, c’est le stade. C’est là que les partenaires dépensent. C’est là que les supporteurs achètent. C’est là que les télévisions mettent en valeur le produit OL.
Manchester, Barcelone, Madrid l’ont compris il y a vingt ans. Arsenal et le Bayern il y a deux ans. Chelsea n’en a pas autant besoin. Pour Lyon, c’est également une question vitale, qui presse.
Alors « ça dépasse très largement l’opinion de celui qui a sa maison à proximité. »
Peut-être pour l’OL. Pour la communauté, la question demeure ouverte.
Le football professionnel remplit-il encore son rôle de construction socio-économique. Vraisemblablement quand on analyse empiriquement les audiences télévisuelles, les discussions de commerce et l’avis de ma concierge.
Mais il a également largement dépassé cette couche d’analyse et ne peut pas se priver aujourd’hui de celle de l’argent malgré la rhétorique économiste de Jean-Michel Aulas.
Identité officielle du voisin de JMA
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La question de la construction d’un stade et donc des intérêts particuliers d’un individu ou d’une entreprise ne peut être asséché par l’argumentaire de la création d’emplois, qu’ils soient 500, 5'000 ou 50'000.
Si tel était le cas, il faudrait vraisemblablement arrêter de dire que la cigarette est nocive et relancer la Seita afin que des emplois soient créés dans toute la France.
Le prisme de l’économisme pour légitimer toute action ressemble à s’y méprendre à celui du scientisme qui permet à quelques scientifiques de sortir du débat public des questions hautement politiques, à savoir des questions qui mérite un débat car elles ont des enjeux qui vont bien au-delà de leur pertinence scientifique. La question des OGM est à ce titre parlante puisque présentée au premier abord comme un progrès scientifique, elle est amenée au sein de la Res Publica par des citoyens qui mettent en lumière des enjeux que la voix unique scientifique a tu pendant des années et tait par ailleurs encore aujourd’hui.
On est ici dans le même questionnement. En effet, si l’audience de Jean-Michel Aulas est largement plus large que celle du pauvre con qui résiste à l’expropriation, il n’empêche qu’on ne peut, comme tente de le faire le leader olympien, balayer du revers socio-économique de la main les résistances de ceux qui ne sont pas forcément intéressés : 1. Par le football (ça existe) et 2. Par les intérêts de JMA et de l’OL (ils sont encore plus nombreux).
Il ne s’agit pas ici d’une ligne de train ou d’une autoroute dont on a évalué la légitimité en termes de services et de biens publics mais bel et bien d’intérêts particuliers auxquels d’autres intérêts particuliers sauraient être confrontés dans un Etat de droit.
Les instances politiques locales et la société civile se portent malgré tout assez bien à l’embouchure du Rhône et de la Saône puisque le bijou de J.-M. Aulas n’est toujours pas sorti de terre et que l’appât du gain ne roule pas, comme une balle de tennis sur le gazon de Wimbledon, sur le dos des citoyens de seconde zone qui n’ont pas leurs entrées dans le monde économique et le porte-voix de l’Equipe quand il s’agit de taper du poing sur la table.
Les hégémonies quelles qu’elles soient (politiques, économiques, sociales, culturelles,…) ont toujours provoqué des contre-hégémonies plus ou moins réussies, au grand dam de ceux qu’elles remettent en cause.
Ce jeu est plus ancien que le football et il lui survivra, quoiqu’il advienne du grand stade de l’Olympique lyonnais.
Pub gratuite pour l'UEFA
