Le vingt-troisième homme
espionnage
Par Thierry Pellet, indic à la FFF - La Rédaction (autres articles du même auteur)
sam 17 mai 08 / 7:51

L’Euro approche et les équipes qualifiées sont en pleine période de finalisation des effectifs. A quelques matchs de la fin de saison, des incertitudes planent encore avec le spectre des blessures de dernière minute. Mais se jouent principalement les interrogations liées aux choix inhérents que recèlent toute liste contrainte de 23 joueurs. Le suspense est loi du foot. Mais le scoop à venir est il vraiment là où on l’attend ?

Vingt trois, dites vous ?

Domenech, méthode Jacquet, communique une pré-liste de 29 noms le 18 mai, autant de joueurs tenus de se sentir concernés jusqu’à l’annonce définitive des vingt trois, sans prendre trop tôt leur vessie pour des lanternes !

Vingt trois, dites vous ?

C’est en tout cas le nombre officiel de joueurs que les fédérations nationales sont tenues de convoquer et d’inscrire sur les registres de la compétition européenne. Mais la Fédération Française de Football, convaincue par Domenech, sélectionneur finaliste de la dernière Coupe du Monde, réfléchirait le plus sérieusement du monde à ne convoquer que 22 joueurs professionnels…

Vingt deux, dites vous ?

Mais quid alors, du vingt troisième homme ? C’est là que les évènements prennent un tour pour le moins étonnant, si ce n’est tout à fait novateur et bien dans l’esprit du temps.

Les discussions ont démarré début 2008, à l’initiative de Domenech et du trésorier de la Fédération Française de Foot. L’objectif de Domenech, le même que celui de sa pré-liste de 29 noms : occuper les médias à côté de l’essentiel, et sourire. Agent provocateur ! L’objectif du Trésorier : aller plus loin que la simple règle des comptes équilibrés, et générer toujours plus de renflouement des caisses via l’équipe de France, pour financer davantage le foot amateur.

Leur moyen : sélectionner un vingt troisième homme… payant.

L’annonce officielle par la FFF n’a pas fini de faire jaser dans les chaumières hexagonales comme dans tout le grand monde du foot mondial ! Une première à retentissement mondial en France, on ne va pas s’en plaindre…

Pourtant, l’idée n’est pas nouvelle en soi. Si elle débarque dans le foot, elle existe sous d’autres formes, notamment dans le cadre de la conquête spatiale, génératrice elle aussi de rêves, de fantasmes et d’aventures humaines extraordinaires. Une idée qui tient à ceci : ouvrir à de riches civils une expérience inédite, car normalement réservée à une caste-élite de professionnels spécialistes et « élus », moyennant des financements toujours bons à saisir pour boucler les budgets.

En l’occurrence, le vol spatial a été remplacé par la proposition de se mêler aux 23 français pour l’Euro 2008 en tant que joueur à part entière dans la compétition. Une place pour cirer le banc, mais une place quand même au sein d’une équipe favorite… Les évincés de 1998 peuvent témoigner de la valeur d’une seule de ces places…

Le vingt troisième homme, encore inconnu à ce jour, même officieusement, n’est pas passé par e-bay pour se procurer ce sésame d’une toute fraîche nature, pas plus que par lastminute.com ou le site Internet dont la SCNF est si fière. Non. Il aura davantage œuvré dans des réseaux, négocié sans trompette ni grande concurrence. Peu nombreux en effet étaient ceux qui avaient les moyens de postuler, en sonnant et trébuchant comme en longueur de bras.

Evidemment, la place a son prix ! La Fédération Française n’a pas suivi Domenech pour son seul goût de la comédie et des happenings, mais parce que l’enchère donnait vraisemblablement le vertige d’emblée.

Les négociations auraient débuté sur la base d’un calcul simple du Trésorier de la Fédération Française de Foot : le montant total des primes touchées par les joueurs de l’équipe de France en cas de succès dans la compétition. Un montant qui n’a pas été révélé mais qui représente une somme astronomique, quelque soit la valeur symbolique d’une place de vingt troisième homme…

Aucune information non plus n’a filtré sur l’éventualité que le vingt troisième homme en question puisse bénéficier de temps de jeu durant la compétition, en cas de match gagné ou sans enjeu… et si en pareille circonstance, contre 5 minutes passées à fouler la pelouse, le prix de la place augmentait ou non de façon substantielle.

L’identité du vingt troisième homme fait l’objet dans le cercle restreint des concernés d’une discussion sans relâche. On évoque tout à trac le fils benjamin du Président français aidé par les largesses de son parrain, le Prince Albert de Monaco –qu’on voit tout de même difficilement se prêter à telle comédie, ou encore le fantasque Michael Youn.

Et l’on se met à rêver que la place soit achetée par Danone pour profiter à Zidane… un retour par la petite porte, et pour porter chance à la France… Quitte à accueillir un amateur aux poches pleines, qu’il ait un peu de ballon !

Toute plaisanterie mise à part et pari lancé sur l’identité de l’heureux payeur, l’effet de surprise est garanti dans les jours à venir, quoique éventé partiellement ici. Assurément, le football entre là dans une énième ère nouvelle. Celle où l’argent, et le spectacle, épaulent le suspense dans l’édification des lois qui régissent le foot !

A chacun de se faire son idée.