Vous avez dis, gaélique ?
Ordre du jour
Par Ted Perry, gallic & gaelic - La Rédaction (autres articles du même auteur)
jeu 4 déc. 08 / 4:24

croke_park.jpg le maracana gaelique
Dans un pays où les queues des automates bancaires peuvent réunir autant de personnes qu'un mur face à un coup-franc de Platini, les meilleures métaphores ne sont pas celles que le football nourrit. Ici, le football, ou plutôt celui que nous nommons comme tel, s'appelle soccer, et le temple des temples sportifs, Colysée local aussi historique que moderne, est dédié à celui qui est considéré comme le véritable football, le gaélique.

Ce Colysée, c'est Croke Park, enceinte immense, théâtre de sports « traditionnels » ! De chaque côté du stade, des voix-ferrées, comme deux ceintures pour tenir l'ouvrage tendu droit vers le ciel par ses tribunes, et fier par sa masse. Croke Park est aux sports gaéliques ce que le Maracana est au foot, le théâtre des théâtres. Une architecture propre à donner le vertige... parce qu'elle commande à la tête de se pencher pour regarder en l'air ! Un outil digne d'accueillir plus de 80 000 personnes ! Un lieu chargé de l'histoire du temps, et que les édiles en charge ont pris soin d'ancrer dans la modernité.

Le stade, rénové dans les années 90, s'encastre si bien dans la ville qu'on ne l'approche pas sans ticket. Les jours où nulle rumeur ne bruisse d'un match qui se prépare, la façade avant se veut quasi fermée, à l'exception d'une boutique d'équipements sportifs (équipements gaéliques s'entend donc) et d'une entrée officielle réservée aux salariés du cru, et les côtés du stade sont aussi imprenables que la ligne Maginot fut inutile.

gaa_museum.jpg le panneau du musée... ouf

Mais Croke Park a ses honneurs, ainsi que le Maracana. Et « la bête » se visite, pour la mémoire, et le plaisir des yeux. Ainsi le visiteur, intrépide marcheur que les distances ne rebutent pas à préférer les pubs, trouvera le long de Clonliffe Road l'indication promise, celle du Musée, et ne prendra pas peur avant de s'embusquer dans ce qui ressemble d'abord à une impasse ou à l'entrée des utilitaires.

La barrière passée, levée d'une main par un gardien aussi roux que rond, il suffira de parcourir cent mètres aux pieds des gradins pour se trouver devant l'entrée du GAA Museum, Musée de la Gaelic Athletic Association. Dès l'accueil, aussi sérieux qu'à l'orée de champs impressionnistes ou d'une collection d'art moderne, Croke Park dévoile son programme... tour ou musée ? Les deux mon capitaine ? Le Musée suffira... surtout que l'heure du dernier départ est passé, 15h est une bonne heure en arrière !

Si Subfoot s'intéresse au GAA Museum, ce n'est pas pour vérifier la verdeur de la pelouse ou la hauteur des toits de Croke Park, ni pour s'enthousiasmer de la qualité d'un éclairage qui offre la clarté sans aveugler personne, pas plus que pour tester le confort des sièges, et s'assurer qu'ils sont tous couverts, alors que certains, en plus, ne le sont pas... !

gaelic_cover.jpg non Brian, ceci n'est pas une touche de monsieur delap
Subfoot est là pour apprendre ce qu'est cet autre foot, cousin lointain que l'appellation rend proche du « nôtre »... mélange (suranné ?) de rugby et de foot, puisqu'il se pratique balle aux pieds et en mains ? Pratique endémique auquel un « patriotisme traditionnel » aurait conféré moins de folklore que de sérieux ? Le savoir a beau courir les termes usagés du respect que toute curiosité doit à son objet, l'histoire pressentie de ce jeu et la qualité de son exercice, comment empêcher de se poser en questions les inévitables moqueries qui surgissent aux détours d'une découverte culturelle étrangère à soi ? ! L'honnêteté implique cette franche remarque et, de conscience, invite à cette joyeuse prudence qui rend les découvertes... possibles !

Sur deux étages et en multiples scènes aux recoins mâtinés d'une faible lumière, les sports gaéliques s'expliquent, se présentent... offrent en plusieurs langues les secrets de leur histoire et font cette promotion qui, ne sont les images télés des pubs irlandais qui jalonnent le monde, franchit peu ou pas du tout les frontières du pays !

Vous voulez découvrir comment ces sports sont apparus ? Vous voulez savoir comment ils s'inscrivent dans la société irlandaise ? Comment ils nourrissent les relations sociales ? Comment ils impliquent le pouvoir... et jalonnent les périodes troubles et glorieuses de la nation ? Vous voulez jeter un œil sur les symboles de ce sport ? Caresser du regard les trophées, les médailles, les maillots ? Jersey surannés... Crosses polies par les ans ?

Vous découvrirez même comment fabriquer la crosse ! Et vous regarderez les images de matchs qui marquent la légende ! Une finale faite à New York en 1947, pour le centième anniversaire de la Grande Famine ! Une victoire de l'équipe de Cork, près de cent ans après la dernière ! Vous découvrirez même les visages des rois du jeu, héros dont la silhouette se dresse dans des tenues minimalistes où le saillant et la force des corps sautent aux yeux !

Avant de vous tenter à la pratique dans une salle interactive où le visiteur devient sportif, vous saurez déjà l'essentiel : que le foot gaélique est un des quatre sports que comptent les sports gaéliques ; qu'il se pratique à quinze ; que la balle est attrapée à la main, et qu'elle se renvoie soit par coup de pied, soit à la main ; que les cages se composent de cages similaires au soccer et qu'elles sont en plus surmontées de hauts poteaux, tels qu'au rugby ; que le tout est pratiqué depuis longtemps ici...

Déjà les rois anciens organisaient des Jeux, dits de Tailteann, au cours desquels les guerriers étalaient leur force et leur agilité... Crosses et balles du hurling sont même des symboles utilisés dans la peinture. Et les voyageurs qui foulèrent la terre d'Irlande au cours du XVII ème et du XVIII ème siècles notèrent dans leur carnet de route qu'hurling et football gaélique occupaient une place importante dans la vie sociale d'alors !

collins_et_bolland.jpg collins, cross en main, s'oppose à son pote bolland

Vous vouliez être convaincu ? Vous l'êtes ! Ici, des photographies d'Eamon De Valera, premier Président de la République d'Irlande, en train de donner un coup d'envoi... Là, Michael Collins, coiffé d'un chapeau et vêtu en costume, héros révolutionnaire, assiste à une finale à Croke Park... Ailleurs encore, un manuscrit du XIX ème qui codifie les règles !

Partout, la proclamation que vit ici une passion débordante et profonde... et que le visiteur lambda venu d'autres frontières, adepte du onze, n'y entend rien ! Son cœur n'a jamais vibré comme vibrent tous ceux, amassés dans la foule en noir et blanc sur des images d'archives, que les exploits de Jack Lynch ont fais se dresser comme un seul homme !

logo_gaa.jpg la GAA, c'est aussi un logo
Rendu aux froids de la nuit tombée, le « nouveau riche » n'ignore plus pourquoi la plus puissante des associations sportives d'Irlande n'est pas la Fédération de Rugby et encore moins celle de foot, mais la Gaelic Athletic Association. Il ne passera plus d'une main désinvolte sur les pages des journaux qui titrent sur des célébrités dont les noms le laissent froid. Et, quoique lui échappent encore les liens étroits qui unissent football gaélique et hurling, que certains joueurs appelés « stars doubles » pratiquent tous deux, il contemple avec une certaine déférence les quinze noms cités dans l'équipe type de l'année 2008 et, rendu aux encarts calendaires, prend date enthousiasmé pour se rendre au stade. Assister à une bonne vieille partie de football... gaélique !

Juré - craché, il promet de ne pas aimer.