| Un stade, un jour. Le Parc.
Ordre du jour Par Guillaume S., sociologue stadier - La Rédaction (autres articles du même auteur) mer 13 août 08 / 10:20 |
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29 mars 1986. Le printemps est chaud, la coupe du monde arrive et les Bleus sont champions d’Europe 1984 tout comme favoris de la prochaine coupe du monde au Mexique. Gérard Soler ne fera pas partie des 22, c’est certain et Jean-Luc Ettori a légué à Joël Bats son argument le plus fort : ses bouclettes. L’été s’annonce bouillant et pas seulement dans les strings des Mexicaines.
Le printemps est chaud et le football ne permet pas encore de draguer les cousines qui trouvent, pour ce qui concerne les plus intéressantes et les citadines bourgeoises, que c’est un un sport de bourrins.
C’est vrai mais aujourd’hui tout le monde s’en fout puisque tous les codes ou presque ont explosé en 20 ans. Le beauf s’achète une Audi et la bourgeoise suit les coupes du monde en hurlant plus fort que son frère, pourtant à l’organe fort développé.
C’était la préhistoire, Nokia vendait encore des bottes en caoutchouc (véridique) le GPS et l’internet n’intéressaient que les copains du Général Schwarzkopf pas encore en Irak sur ordre de papa Bush mais fort au courant des nouvelles technologies militaires.
C’était bel et bien un autre siècle.
Ce 29 mars 1986, se jouait un quart de finale de coupe de France sans Calais mais entre le Racing Club de Paris et l’Olympique de Marseille. Le RC Paris végète encore dans une Division 2 à deux groupes mais commence à devenir, sous l’impulsion de Jean-Luc Lagardère, la pouffiasse du football. Depuis l’Angleterre s’est bien repris.
En effet, le milliardaire français engage au soir de sa descente en D2 en mai 1985, le mythique arrière gauche du FC Nantes et de l’Equipe de France, j’ai nommé Maxime Bossis.
Alim Ben Mabrouk. ami d'enfance de Fernandez. Les chats ne font pas des chiens
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Certes, ce n’est pas avec un type qui manque un penalty en demi-finale de coupe du monde (cf 1982) qu’on remonte en D1 mais ça aide surtout si on l’entoure d’Alim Ben Mabrouk, le clone en plus méchant et plus laid d’Olivier Dacourt et de l’énorme (par le talent) Eugène Kabongo, diamant du Zaire et roi incontesté du classement des buteurs de D2 cette année-là.
Résultat, le Racing Paris, comme on le surnomme fait une saison d’enfer en championnat et atteint les quarts de finale de la coupe de France.
En face, l’OM. A lire, ça fait peur. A regarder, ça fout les jetons. Pas forcément par la qualité technique des joueurs proposés sur le terrain mais par le profil patibulaire que les olympiens dégage en regardant la liste des titulaires. Dans l’ordre :
Bell
Anigo
Bade
Bonnevay
Galtier
Zanon
Francini
Martinez
Di Meco
Brylle
Zénier
Pour situer le niveau d’engagement des joueurs marseillais, il s’agit ici de préciser que Eric di Meco jouait ailier… Pour les plus jeunes, Eric di Meco était plus vilain que le plus vilain de la famille Adams (A noter que Tony Adams ne reconnaît aucun lien de parenté avec la branche US) et beaucoup moins câlin que Khalid Boulahrouz, le rugueux défenseur batave. Attention, si vous passez par le sud, il est aujourd’hui conseiller à la Mairie de Marseille.
Di Meco ne sourit qu'après avoir mangé un Parisien
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Inutlie de dire que les moins de 18 ans sont interdits de stade au regard de la feuille de match, Meyrieu, jeune minot remplaçant, n’arrivant pas à relever la balance.
Du coup, nous ne sommes que 8'000 dans les travées du Parc des Princes pour ce quart de finale d’une coupe de France qui n’est pas encore, tel le raton laveur, bouffé par cette salope de ragondin de coupe de la ligue. La compétition est glorieuse et chacun rêve de la gagner.
Pourtant, 8'000 personnes… Que ceux qui affirment encore une fois que le football a toujours été populaire en France se frottent les yeux. A l’époque, on préfère encore le Blaireau ou casque d’or aux jambes de Eric « massicot » di Meco.
Bon, 8'000. De toute façon, cela ne valait pas beaucoup plus. Ce n’est pas en 1985-1986 que jouent au Parc, les Francescoli, les Littbarski, les Ginola mais bien dans les années qui suivront. C’est d’ailleurs peut-être ce match qui a donné envie à Luis Fernandez de débarquer lui aussi au RC Paris bientôt devenu Matra Racing. Tous ces tacles par derrière, tous ces coups de coude dans les côtes, toutes ces bonnes bourrées dans les reins, c’est aussi pour cela que le football n’attirait pas les foules en délire tous les samedis.
8'000 personnes et je m’en fous car si les souvenirs du match restent flous, 22 ans après les faits, les frissons qui m’ont parcouru ce 29 mars 1986 sont inéffaçables.
Quelle plus belle sensation que de voir pour la première fois un stade de 50'000 places assises, dédié au football et qui a vu les premiers exploits et les premiers titres d’une équipe de France encore moribonde qutre ans auparavant aur la planète du ballon rond ?
A 15 ans, on l’approche comme un OVNI, on le caresse du regard, on tente d’en apercevoir tous les recoins, d’en sentir toutes les ouvertures, de se souvenir de chaque pas qui nous rapproche de la porte d’entrée, de celle qui nous fera passer dans un autre monde.
Le Parc laisse des souvenirs
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La tribune paraît si haute que le vertige est indescriptible quand tout à coup s’offre à la vue cette cuvette si raide, si colorée, si nouvelle à mes yeux. Les joueurs sont loin, si loin qu’on ne les reconnaît pas, même ceux que l’on croyait connaître sur le bout des doigts. « Tu vois Brylle », « Tiens là-bas, je crois que c’est Bossis »,… Quelle différence avec ces stades de province où on peut, pendant le match, entendre le souffle court des ailiers, les protège-tibias claquer, voir de si près la sueur luisante des milieux de terrain et les coups de tête des numéros 9. Ici tout s’apprécie du haut. Les mouvements d’équipe, les transversales si précises, la grandeur du terrain.
Le résultat est un détail (1-2), sauf pour les supporteurs des deux équipes, parsemés dans les mêmes tribunes, prêts à soutenir pendant 90 minutes puis à oublier tout ça, ce qui n’est finalement qu’un jeu.
La qualité du jeu ne touche que ceux qui connaissent le lieu. Le autres passent leur temps à regarder autour d’eux, ce qui se passe dans Boulogne, ce qui se trame à Auteuil, ce qui se joue dans l’élipse du Parc pour s’imprégner de cette sensation unique d’admiration quand on découvre ce qu’on n’a jamais vu.
Ni Ben Mabrouk, ni Anigo, ni di Meco ne pourront salir cette image si forte, cette sensation que tout s’arrête, que seul compte l’espace nouveau qui s’offre au novice que je suis.
Le Parc pour la première fois, c’est inoubliable.
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