12 juillet 1998, 12 juillet 2008, dix années séparent deux matchs. Presque une génération. En 98, j'ai pleuré. J'étais dans les rues de Lyon. J'ai fêté le titre dans chaque fontaine que j'ai croisé, embarqué par un festival de joies. J'ai donné l'accolade à nombre d'inconnus qui, le temps d'une embrassade, ont partagé avec moi une ferveur digne de sentiments amoureux. Je me suis endormi tard, très tard, le lendemain matin. Ce n'était plus un rêve. La France était championne du monde de foot. Et si je n'avais pas bu une goutte d'alcool, je me suis pourtant couché ivre. Le corps bouleversé. La tête dans les nuages.
Dix années plus tard, même lieu, même heure, les mêmes bleus ont remis ça contre une sélection mondiale.
Pourquoi je n'arrive pas à me réjouir de ce spectacle ? Est ce le concert de louanges qui accompagne l'évènement et qui m'agace ? Sont ce les résultats récents de l'équipe de France si décriés par ceux la même qui se trémoussent ce 12 juillet, et décriés à tel point qu'on se demande s'ils défendent bien, d'une « génération » à l'autre, les mêmes couleurs de la même équipe ? Est ce justement l'insistance avec laquelle les membres de France 98 ont répété à l'envie dans la presse qu'ils n'étaient pas un lobby ?
Est ce leur vanité ? Est ce la docilité avec laquelle les spectateurs s'ébaudissent ?
Alors que juillet s'adonne à ses artifices, ce n'est pas le principe de la commémoration qui est gênant, mais c'est l'admiration béate, une nostalgie toute faite, bien conservée, enveloppée doucement dans une unanimité sans anicroche... et quasi orchestrée, suscitée et attendue comme telle.
Pas un soupçon d'auto-dérision dans l'air... Pas une goutte d'impertinence dans le champagne pour couvrir cette fête qui ressemblait à un meeting de campagne... Juste le débile défilé de flonflons lexicaux comme « magiques ! » ou « quelle classe ! » et quelques pauvres vannes, sur la taille des ventres par exemple.
Et si, plus que d'avoir pris du ventre, ils avaient surtout pris la grosse tête, nos vainqueurs d' il y a dix ans ? Et si, plutôt que de les trouver plus lents, nous les trouvions plus simplement lourds ? Non pas au propre donc, mais au figuré !
C'est
cela je crois qui me chagrine. Je ne supporte plus parmi les vainqueurs d'hier ceux qui
jouissent depuis 10 ans d'une impunité digne d'aristocrates. J'aimais des footballeurs, et je n'aime pas les stars. Je n'aime pas ceux là qui ont cessé depuis
longtemps d'être des héros et sont devenus les bons
commerciaux de leur image, et voudraient tout à la fois rester des fantasmes et tirer les ficelles. Je n'aime pas ces puissants comme les autres.
Saint Zizou, prions pour lui !
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A se célébrer de la sorte, France 98 ressemble à une bande de parvenus... alors que, dans le même temps, la France du football s'agite en coulisses à la manière d'un drame shakespearien, et que les héros portés aux nues en ce 12 juillet 2008 sont loin d'y jouer les lointains couteaux ! A se célébrer de la sorte, la vulgarité affleure... là où s'organise ses propres célébrations populaires... là où s'expriment l'étonnement des ferveurs pour s'en mieux gargariser ! A ce jeu, Dugarry atteint des sommets de narcissisme, sommets jamais plus vertigineux que lorsqu'on les compare à l'influence qu'il avait sur le jeu quand il était en exercice.
La bataille des paons ne dit pas son nom. Pourtant les égos sont à la queue leuleu en train d'exhiber la taille de leur sexe. Et les récitals de fausse modestie ne cessent de se faire échos, qui de découvrir, stupéfait !, l'engouement du public, qui de constater que « ça compte ».
Oui, les vainqueurs de France 98 se vivent en idoles. Ils n'ont pas encore de rhumatismes et la thune ne leur fait surtout pas défaut. Oui, les vainqueurs de France 98 aimeraient bien s'assurer la mainmise des choses. Avoir l'influence et le contrôle. Avoir été, être et devenir.
Le vœu de razzia gouverne leurs ambitions mal cachées. Et la mode, en France, est d'exhiber à foison ses ambitions et la jouissance de soi.
Alors le football se fête moins que leur gloire, à eux. Et la nostalgie qui suit leurs traces a moins de charme que leur désir de pouvoir s'affirme. « Regardez comme nous sommes forts ! » entend on bruire à la suite de leurs crampons...
De France 98 à Sarko, le pays de Candide baigne dans le culte des succès et de la fortune. Le reste n'a que peu d'importance.
France 98 se délecte de sa propre gloire. Et face à ces puissants narcisses en culottes courtes, je ferme les yeux, histoire de ne pas servir de miroir.